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Manière de voir (n°98, avril-mai 2008): "Histoires d’Israël" 1948-2008

Manière de voir (n°98, avril-mai 2008): "Histoires d’Israël" 1948-2008.

Numéro coordonné par Dominique Vidal

Politique de la force, force de la politique, Dominique Vidal

(RESEAU MULTIPOL)


Par:Catherine MAIA*

I. Aux origines de l’Etat

Israël fêtera le 14 mai 2008 son soixantième anniversaire. Mais ces six décennies prolongent les cinq précédentes.

Né avec le premier Congrès sioniste mondial en 1897, le projet sioniste se donnait pour atout principal l’immigration massive des Juifs d’Europe centrale et orientale vers la Terre sainte. Longtemps limitée, l’alya a vu grossir ses rangs avec la montée du nazisme, et finalement l’accession d’Adolf Hitler au pouvoir.

A la veille de la seconde guerre mondiale, la communauté juive a construit un quasi-Etat en Palestine : elle ne possède que 6 % des terres, mais représente un petit tiers de sa population et fournit une bonne partie de sa production agricole et industrielle. Elle dispose aussi d’une armée clandestine qui a fait ses preuves en aidant les Britanniques à écraser la grande révolte arabe.

Le génocide nazi change radicalement la situation. Le mouvement sioniste y trouve la preuve de la nécessité d’un Etat juif et en convainc la communauté internationale. D’autant qu’il faut trouver une destination pour les centaines de milliers de survivants qui végètent dans les camps de « personnes déplacées ».

Hélas, le plan de partage adopté par l’Assemblée générale des Nations unies, le 29 novembre 1947, ne sera pas mis en œuvre. De la guerre civile judéo-palestinienne puis du premier conflit israélo-arabe surgira un tout autre paysage : l’Etat juif a augmenté d’un tiers le territoire qui lui était alloué et en a expulsé les quatre cinquièmes des habitants arabes. Quant à l’Etat palestinien, mort-né, la Jordanie et l’Egypte s’en sont réparti les dépouilles…

Ainsi ont été créées les conditions d’un interminable conflit.

De Theodor Herzl à la naissance d’Israël, Henry Laurens

L’expulsion des Palestiniens revisitée, D. V.

Le judaïsme de mon enfance, Avraham Burg

Au nom de la Shoah, Idith Zertal

En 1961, le tournant du procès Eichmann, Tom Segev

Réponse aux intellectuels arabes fascinés par Roger Garaudy, Edward W. Said


II. Soixante ans de conflits

Au cours de l’été 2006, Israël s’est lancé dans une guerre — la sixième de son histoire — contre le Liban. Mais un mois d’opérations aériennes et terrestres ne lui a pas permis de vaincre le Hezbollah. Cet échec constitue un tournant : jusque-là, l’armée israélienne était toujours sortie victorieuse des conflits.

En 1948, après une brève période incertaine, elle était venue facilement à bout de l’intervention des armées arabes, déclenchée au lendemain de la déclaration d’indépendance d’Israël. Elle avait même poursuivi sans mal l’expulsion du gros des Palestiniens, comme le montrent les « nouveaux historiens ».

En 1956 aussi, la percée des troupes israéliennes, parallèlement à l’intervention franco-britannique, sera fulgurante. Mais les pressions soviétiques et américaines contraindront Israël à se retirer du Sinaï.

Nouvelle guerre-éclair en 1967 : en six jours, Israël s’empare du reste de la Palestine, ainsi que du Sinaï et du Golan. Au lieu d’échanger les territoires occupés contre la paix, il en entreprend la colonisation.

1973 marque la plus grande surprise de cette histoire : une semaine durant, les blindés égyptiens et syriens bousculent l’état-major israélien, avant que celui-ci ne lance une contre-offensive victorieuse.

L’invasion du Liban, en 1982, débouche sur un conflit long et meurtrier. Si bien qu’Israël finit par se retirer, partiellement en 1985, et totalement en 2000.

Entre deux Intifadas, les accords d’Oslo constituent la seule tentative d’échapper à cette spirale guerrière. L’assassinat d’Itzhak Rabin, le 4 novembre 1995, leur portera un coup fatal…

Opération Mousquetaire, Eric Rouleau

Le problème des réfugiés de Palestine, Micheline Paunet

Le désastre des colonies israéliennes dans les territoires occupés, Amnon Kapeliouk

Vœux pieux, froide réalité, Claude Julien

Convergences libanaises, Samir Kassir

La dérive israélienne, A. K.

Ecrire l’histoire à l’encre verte, Shimon Pérès

Paix durable ou paix piégée ?, Alain Gresh

« Politicide », Baruch Kimmerling


III. Une société bousculée

Si le conflit avec la Palestine et le reste du monde arabe représente un facteur déterminant de l’évolution de la société israélienne, celle-ci est aussi mue par des contradictions qui lui sont propres, enracinées dans son passé et déclinées au présent.

Le plus évident des clivages oppose Juifs et Arabes. Bénéficiaires, comme les premiers, du droit de vote, les seconds n’en subissent pas moins des discriminations de tous ordres. D’où la crise d’identité de ce cinquième de citoyens pris en étau entre loyauté à l’égard d’Israël et solidarité avec ses frères palestiniens.

Autre fossé : entre laïques et religieux. Les Pères fondateurs de l’Etat tenaient assez au soutien des partis religieux pour renoncer à le doter d’une Constitution. Si bien que ces formations ont pu y accroître sans cesse leur emprise.

D’autres affrontements opposent les vagues d’immigration successives, et en premier lieu Juifs orientaux (mizrahim) et Juifs occidentaux (ashkénazes). « Importés » en masse pour fournir au jeune Etat main-d’œuvre et soldats, les immigrants des pays arabes se considèrent comme des victimes du long règne travailliste. C’est pourquoi ils contribuèrent, en 1977, à la victoire de la droite nationaliste, qu’ils continuent de soutenir en masse.

A ces caractéristiques, la mondialisation a — plus qu’ailleurs, compte tenu du poids des dépenses militaires — ajouté son empreinte. L’offensive contre le secteur « socialiste », les services publics et l’aide sociale a plongé dans la pauvreté, voire la misère, des couches entières de la société, en premier lieu arabes, orientales et ultrareligieuses. De la normalisation espérée, Israël connaît surtout les aspects les plus négatifs...

Kaléidoscope pacifiste, Jean Lacouture

Sionisme et judaïsme inconciliables ?, Boas Evron

Une nation d’immigrations, A. K.

Révolution laïque pour le sionisme, Zeev Sternhell

L’enjeu séfarade, Marius Schattner

Regain d’idéal au kibboutz Gan Shmuel, D. V.

Rêves de « transfert », Amira Hass

Le traumatisme persistant des Arabes israéliens, Joseph Algazy

Un nouveau « Far East », la Cisjordanie, Gadi Algazi

Le high-tech change la donne, D. V.



* Docteur en droit international public, juriste, enseignante, chercheur, consultante (Paris-Dijon-Genève)


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Dernière mise à jour de cette rubrique le 27/03/2008